11 mars 2006
Un cadeau très spécial
Je t’aime mon amour, c’est pour cela que j’ai voulu que tu soies à moi à jamais et pour toujours. Et tu es là devant moi, qu’est-ce que je t’aime si tu savais… Tu coules dans mes veines, je coule dans les tiennes : je le vois, je le sens. C’est pour cela que je me devais de t’offrir un cadeau très spécial. Je me suis dit : comment nous réunir à jamais, c’est ce que nous voulions tout les deux, n’est-ce pas ?
Je me souviens… Nous nous connaissions depuis quelques mois et tu me disais que tu n’avais jamais vécu une histoire aussi intense… Dès notre rencontre, tout avait été plus loin, plus vite, plus fort. Nous nous sommes vus, nous avons parlé la nuit entière comme si jamais nous n’avions parlé à personne, nous étions comme aimantés. Nous nous sommes endormis au petit matin dans les bras l’un de l’autre. A notre réveil, tu étais une évidence pour moi et je l’étais aussi pour toi. Au lieu de nous quitter, nous avons voulu finir la douceur de nos bras dans un second sommeil chez toi.
J’ai aimé tes amis, tu as aimé les miens. Nous vivions des moments de grâce comme une parenthèse au creux d’une phrase complexe. Et nos amis nous ont ennuyés, ils nous empêchaient de nous aimer. Nous avons pris du recul. Même notre travail respectif, du temps à n’être pas ensemble… J’ai abandonné la peinture et toi le théâtre : rien n’était assez bon pour te priver de moi et me priver de toi.
La vie extérieure m’ennuyait : elle était bruyante, agressive, sentait mauvais là où Nous étions doux, calme et pacifique. Je ne voulais pas d’enfant, je ne voulais que toi et tu étais d’accord avec moi. Les pressions sociales étaient de plus en plus fortes sur nous. Chaque séparation, principalement pour le travail, était une souffrance intense et si intime, un déchirement, une amputation et tout cela sans anesthésie évidemment. Nous avions si mal, parfois un médecin nous donnait quelques jours de repos : ce n’était même plus une joie mais une dose de drogue en plein manque.
Je me rappelle ce samedi où tu as été convoqué à ton travail à causes des absences répétées. Dès que tu es parti, je me suis sentie très mal. Une énorme pointe me transperçait le plexus. Je suis allée boire un verre d’eau et là je ne sais pas, j’ai comme paniqué : j’ai senti mes jambes qui ne me tenaient plus, je n’arrivais plus à respirer. Je me suis laissée glisser au sol et j’ai appuyé mon dos contre le mur. Là, une vague immense m’a prise, j’ai pleuré sans cesse pendant des heures. Sais-tu ce que c’est que de pleurer des heures sans interruption ? C’est une boule au fond de ta gorge dont la pression est de plus en plus forte. C’est des larmes, des râles, des douleurs, c’est un trou béant au fond de soi qui s’agrandit pour être entièrement, pleinement soi.
Je ne voulais pas t’appeler pour pas t’inquiéter. Je n’avais personne qui pouvait m’aider, j’avais très peur. C’était inexplicable : je ne pouvais me relever, me calmer ou quoi que ce soit d’autre. Lorsque enfin j’ai réussi à calmer mes larmes, j’ai appelé SOS amitiés : je ne m’étais jamais sentie aussi seule. Et j’ai parlé : j’étais seule, abandonnée, sans but quand tu n’es pas là, je n’étais rien en fait et pire que rien, une erreur sur terre. Je crois qu’elle m’a dit de ne pas hésiter à rappeler et c’est tout. Ca n’allait pas mieux et je m’en voulais : c’est à toi que j’aurais du dire tout ça…
Tu es rentré la mine triste. Je ne t’ai rien dit, je ne voulais pas en rajouter : tu avais été renvoyé. Mais mon salaire pourrait suffire et puis ce n’était que provisoire. On s’est donc serré la ceinture mais ça nous était égal, on s’aimait. Et puis tu as commencé à m’en vouloir de partir chaque jour au travail et je te comprenais : je crois que je n’aurais pas tenu une semaine. Je m’en voulais tellement de te faire souffrir, de te voir petit à petit t’anéantir. Tu ne cherchai même plus de travail. Tout ça, c’était ma faute. Je ne pouvais pas te laisser devenir devenir l’ombre de toi.
Le monde nous obligeait à nous séparer : j’en voulais tellement à cette société qui montrait l’exemple du couple comme le bon sans pour autant lui permettre de vivre son amour. J’ai décidé de partir aux premiers licenciements économiques de mon entreprise afin de négocier mes indemnités de départ en plus du chômage. Nous pouvions vivre quelques mois, un an peut-être, ainsi. Je ne savais pas comment ça se passerait. Je savais que je ne chercherais pas de travail pour être avec toi. Nous n’essayerions même pas d’y aller ensemble car sinon nous devrions nous occuper d’autre chose que de nous et nous avions suffisamment perdu de temps, n’est-ce pas ?
Voilà maintenant quatre mois que cela dure, nous sommes tout les deux, nous ne nous quittons pas et tout est beau avec toi, mon amour, tout. Cela ne peut pas durer, la vie réelle va nous rattraper : toi, tu dis que ça va aller mais nous savons tout les deux que nous n’y survivrons pas. Elle est si belle notre lune de miel, pourquoi ne peut-elle pas durer ?
Alors j’ai pris ma décision : je veux être ta cavalière de bal de fin d’année, ta fiancée éternelle, ta princesse, ta vie et ta mort. Je veux que nous partions de cette terre ensemble, qu’elle ne nous sépare plus jamais, un voyage pour nous à tout jamais. J’aimerais que nous soyons comme Roméo et Juliette et je mourrais le sourire aux lèvres à tes côtés. Je vois à ton regard ta stupéfaction : tu es heureux ? Maintenant tout est joué.
Ce repas que j’ai cuisiné pour notre anniversaire de rencontre m’a pris énormément de temps et d’attention, tu l’as aimé ? Couchons-nous, doux ange. J’ai voulu que tu goûtes à de fins mets pour notre dernier dîner. J’ai voulu aussi être la plus belle pour ce moment important. L’arrière-goût amoureux de notre repas est la plus belle preuve d’amour que moi –ou personne d’autre- ne te donnera jamais.
Maintenant, nous allons nous endormir lentement pour ne plus jamais nous réveiller sur cette sinistre terre. Dans notre voyage, n’oublie pas que… je t’aime plus que moi-même.
03 février 2006
Le monde est fou?
Le monde est fou, je vous assure : le monde est fou. J’ai passé une journée harassante à essayer de rendre censée le peu d’humanité sauvable.
Je me réveille ce matin, comme tout les matins, à 8 heures pour travailler : Je suis enseignant-chercheur et, alors que le matin je travaille seul, l’après-midi est dévolue à mes étudiants. Donc, je vous disais, j’ouvre l’œil et que vois-je ? Une jeune dame sur mon lit qui me dit bonjour ! Très poliment, je lui demande ce qu’elle fait chez moi et la prit toujours très cordialement de quitter les lieux. « Mais non monsieur, je viens pour les médicaments » marmonne t’elle. Mais que me dit cette charmante jeune fille si sincèrement que cela en devient déconcertant ?… Toujours aussi calmement (Dieu me préserve-t’il de la colère ?), je lui réponds que je suis certes docteur mais pas médecin… La jeune innocente s’excuse à peine et s’en va.
Il est vrai que j’ai la mauvaise habitude de ne point fermer ma porte la nuit. Cette histoire m’apprendra : dès la nuit prochaine, mes verrous seront scellés. Mais imaginez-vous bien : une inconnue sur votre chevet à votre éveil. Bien que dans certaines littératures ou filmographies, cela puisse être relativement encourageant comme départ, je vous avoue m’être plutôt demandé dans quelle science-fiction m’étais-je retrouvé…
Après cette aventure extra-ordinaire, j’eus l’appétit coupé et me résignai donc à ne point déjeuner. Je décide donc de travailler sur ma recherche du moment : l’adaptabilité du corps de la mouche en milieu tempéré. Ayant énormément de notes sur mes expériences, je me contentais d’essayer de les ordonner pour construire un écrit validable par la communauté scientifique. Je n’ai pas vu le temps passer… A 13 heures, je me décide enfin à aller déjeuner.
J’ai un logement de fonction, ce qui m’évite les aléas tellement pénibles des pertes de temps en transport. Dans les couloirs, je croise un collègue et lui raconte ma rencontre non désirée du matin. Je lui explique combien je trouve inadmissible l’entrée d’inconnus dans l’enceinte des logements sur le domaine universitaire. Imaginons que l’individu ait été dangereux ? Qu’il soit entré dans la chambre universitaire d’un jeune étudiant ? Mon collègue, certainement absorbé par ses propres recherches, semble ne pas tenir cas de mes inquiétudes. Tanpis, j’en appellerais de toute manière aux autorités compétentes.
Je vais donc déguster (douce utopie…) les sordides plats servis à la cafétéria. Autour de moi, beaucoup d’étudiants. Fréquentant peu mes honorables collègues, je déjeune seul avec pour divertissement l’écoute des préoccupations étudiantes de la table à côté. « Tu es là depuis quand ? C’est dur ici… On sait quand on y rentre mais pas quand on en sort. Tu as le Docteur F. ? Moi, il m’a fait passer des tests il y a déjà quelques mois et je n’ai jamais eu de résultat… » Ah ! Ces étudiants, toujours inquiets de tout… Il est vrai que notre université jouit d’un certain prestige mais nous ne laissons jamais un étudiant poursuivre dans une voie inaccessible. Bref…
Je vais donc donner mes cours et m’entretenir avec les étudiants que je dirige dans leur recherche. Me voilà dans ma salle de cours, posant mes affaires sur mon bureau comme à l’accoutumée lorsque surgit un monsieur d’un âge mûr, rouge de colère, emporté outrancièrement. « Mais que faites-vous donc ici ? Là c’est le pompon… C’est mon bureau ! Mais enfin, combien de fois devrais-je le dire… Avec mes affaires, mes consultations…». Voyant son emportement, je me méfiai de sa dangerosité et chercha à l’apaiser du mieux que je pus afin d’éviter tout problème. « Tout va bien se passer, ne vous inquiétez donc pas… » dis-je en regardant les secrétaires d’un air insistant pour qu’elles appellent la sécurité. Apparemment paralysées de peur (ce que je comprends pour le moins…) elles restent immobiles, sans mot dire.
J’ai cru que tout aller très mal se passer, que la situation allait m’échapper, qu’il sortirait une arme, la pointerait sur moi ou pire sur l’une d’elles… J’ai paniqué, j’avoue. Je ne savais plus, j’étais perdu, un flot incessant m’envahit. Où suis-je ? Que fais-je ? J’ai peur. Pourquoi sont-ils tous là mais que se passe t’il ? Tout est noir d’un coup. J’ai peur de tomber. Je respire mal, j’ai chaud…
« Monsieur x est convaincu d’être un grand scientifique et utilise le centre psychiatrique comme un campus universitaire. Je suis extrêmement inquiet dans la mesure où aucun médicament ne fait d’effet (tout du moins quand il daigne les prendre). Le personnel est mis à mal et nous voyons mal comment sortir de cette impasse. C’est pourquoi, je prends la décision de le mettre en isolation totale en attendant des progrès. Au delà de sa conduite avec les soignants et les autres patients, il entretient des rapports sadiques avec les insectes. Plusieurs mouches mortes et dans un état de pourriture avancé ont été retrouvées sous son traversin. Je suis très inquiet des suites à mener et espère pouvoir mener des consultations satisfaisantes et quotidiennes. Dr F. »
21 janvier 2006
La patineuse...
Il était une fois une patineuse un peu fantasque, un peu curieuse. Elle virevoltait partout, sans soucis du lendemain, sans joie du moment. Elle glissait car c’est ainsi qu’on lui avait appris. Elle aimait ça. Tout du moins c’est ce qu’elle croyait, c’est ce qu’on lui avait appris en croire. Je crois qu’elle était sincèrement convaincue que c’était le cas.
Depuis qu’elle marchait, on lui avait mis des patins aux pieds, comme on remet la sucette à un bébé quand il la perd dans son couffin. Comme un chien marche à quatre pattes, comme un serpent rampe au sol, comme les humains marchent sur leurs deux pieds, elle glissait sur la glace… Inéluctablement, sans arrêt, seule, au milieu d’une foule, avec sa famille, avec des amis, avec des amants même…
Des tours et des tours à rêver, à aimer, à regretter ou à pleurer, ses patins fendaient le sol de volutes et de grâce. Enfant, elle confiait à ses chaussures à lame les écorchures de la vie. Adolescente, elle caressait ses lacets comme on caresse les rêves d’une vie. Puis elle grandit, comme dans tous les jolis contes et mêmes dans les moins jolis. Le sommeil de la vie ne l’inquiétait pas plus que ça.
Puis telle une belle au bois dormant, la belle à la patinoire dormante s’éveilla un jour. Sans le baiser d’un prince, sans la douceur d’une rose sans épine, sans le glissement naturel sur sa glace. Une patinoire est-elle une prison suffisamment grande pour une enfant-adulte aussi fantasque ?
Où sont passées ses années ? Qu’a-t’elle connu du monde ? Elle se réveilla comme on chasse un cauchemar où l’on est enfermé dans une boîte : soulagée mais paniquée, peureuse et à la fois aventureuse. Elle voulut cesser de glisser pour se mettre à marcher ou bien à courir. Comment se rendre compte du bonheur d’être ailleurs lorsque l’on croit qu’il n’y a pas d’ailleurs ?
Le rêve enchanté était devenu une douleur rancunière. Comment avez-ils pu faire cela ? La faute de qui est-ce ? Pourquoi elle ? Tellement de questions pour un cœur qui pleure et une tête longtemps enfermée. Tout cela était sombre et glacial.
Comment vivre autrement ? Personne ne lui avait jamais appris et personne ne pourrait le faire, si tard.