22 novembre 2006
Le bon vieux temps
Nous étions assises là dans un café, devant un chocolat chaud. Nous regardions toutes deux par la vitre. Il faisait déjà sombre et la pluie tombait à grosses gouttes. C'était un temps de nostalgie à se souvenir du passé, à sourire et à s'émouvoir.
- Il est loin ce temps là, me dit-elle. Le temps où nous rêvions d'absolu... Le temps où une larme était le torrent entier de notre vie... Je me souviens comme nous étions prêtes à tout donner pour l'espoir d'un amour éternel... Et voilà que nous avons grandi, les choses ont tellement changé. L'effleurement d'une main sur ma cuisse ne fait plus frissonner tout mon corps et toute mon âme. Mais c'est normal, le temps a passé, nous ne sommes plus des adolescentes avides de la vie, avides de tout ce qu'elle peut nous offrir parce que nous savons maintenant qu'elle ne nous offrira pas ce que nous rêvions, que nous devrons nous contenter d'être raisonnables... Mais d'ailleurs qu'est-ce donc qu'être raisonnable? Se contenter d'une profonde complicité intellectuelle en amour? Ne plus souffrir que par la déception à laquelle nous nous attendions déjà... Je ne veux pas dire qu'il y ait échec, je veux seulement dire que je ne vibre plus qu'à l'écoute de belles musiques, à la vue de belles oeuvres d'art, à la lecture de beaux romans,... Je me sens voyager ainsi alors que, vois-tu, les hommes ne me font plus voyager, ils me distraient tout au plus comme la rediffusion plus ou moins désirée d'un bon film à la télé...
Elle me dit tout cela d'un air entendu... Ma seule question avait étée : alors et les amours?... D'un air enjoué et rieur en hommage où nous nous étions si bien connues et aimées... Jamais je n'aurais cru la retrouver et encore moins avec ce regard profondément triste...
- Tu sais, je ne dis pas que je ne suis pas heureuse, au contraire. Je suis extrêmement épanouie. Chaque étape a son bonheur qui lui est propre mais le mien est maintenant morcelé entre corps et esprit, âme et chair et j'ai la sensation que c'est une étape durable. Je m'envole toujours, te souviens-tu comment je pouvais m'emporter si facilement, si entièrement? Et bien oui, toujours, mais mes plus belles envolées c'est la lecture qui me les offre. J'en suis heureuse mais j'ai bien peur que cela ne corresponde pas bien au monde qui nous entoure. Je tombe souvent en amour devant des hommes : Julien Sorel, Nathanaël, Colin et tellement d'autres que je rencontre dans mes livres... Mais les autres, ceux que l'on considère de la vraie vie, m'occupent dans la beauté de l'instant, tellement peu au-delà...
Je suis de plus en plus perplexe devant son visage illuminé par ses rencontres de papier. Il y a à peine une demi-heure, elle était dans mon passé, elle était adolescente il y a dix ans et, en moins de quelques minutes, elle était redevenue une réalité présente avec ses sourires, mimiques, sa vie...
- Mais tu sais, je me sens pourtant plus vivante que jamais!... Je ne vais pas d'embêter plus longtemps avec tout ça... Alors? Et toi? Je te renvoie la question : "Alors, Et les amours?..."
- Moi? Je suis mariée.
09 novembre 2006
oui mais ce n'est pas avec moi
L'irréel dans tes yeux, je le vois... Mais ce n'est pas moi qui le fait vivre.
L'absolu je le ressens au plus profond de toi... Mais ce n'est pas à mon égard qu'il s'exprime.
Que faire dans cette place que je ne parviens pas à prendre, que tu ne me permet de me donner?... Je ne sais plus, je suis perdue dans un flot incessant de turpitudes, de réflexions irréfléchies, de tristesses dématérialisée...
Que me donnes tu et qu'ai-je à prendre?
Rien.
Et c'est bien là tout le problème...
03 novembre 2006
A vous de juger
Quand il s'en va, qui qu'il soit, c'est comme un moment de lucidité, une lumière en pleine nuit.
Comme si l'absence, au lieu de provoquer le manque de l'amour, retire le filtre.
Il n'est pas celui-là : celui à qui on a toujours envie de dire, celui avec qui l'amour est en partage.
Non : une présence, une jouissance, un autre pas en soi.
Alors qu'eux sont en moi, comme jamais personne ne pourra me pénétrer. Ils me remplissent.
Les autres tentent de remplir un vase fissuré : fuite sur fuite et bien loin de me contenir!
Quelle illusion que le sexe ou la séduction?
Ne pas se compromettre, qu'est-ce? Se laisser remplir videment en toute conscience? Ou refuser ces débordements parallèles?
Merci à mes anges d'être eux. Mais l'humanité est tellement vide? Je crois en un ange humain mais serait-ce une douce utopie?
A moi de savoir, à vous de juger...
21 septembre 2006
Que me reste-t'il d'espoir?
J'aurais voulu te dire que c'était fini. J'aurais voulu te dire que je regrettais n'avoir pas su t'aimer. J'aurais voulu te dire que je serais là pour toi quoi qu'il en soit.
Mais je ne l'ai pas dit.
Les années ont passé. Les rêves se sont brisés. Mes espoirs se sont envolés. Je suis morte plus que froide dans une tombe, plus que pendue au bout d'une corde.
Je pourrais t'en vouloir mais ce ne serait pas juste.
J'ai juste voulu faire comme tout le monde. Aimer une personne dans ma vie et partager la vie... jusqu'à ce que la mort nous sépare, avoir des enfants, faire ce que tout le monde veut faire parce que c'est comme ça. Respecter les normes imposées par chacun d'entre nous à notre manière : vivre pour construire une famille.
Pourtant je suis morte. "jusqu'à ce que la mort nous sépare..." Ai-je été vivante? Ai-je donné la chance à la vie de me prouver qu'elle existe? L'alliance à mon doigts a été la corde du pendu.
Mais c'est trop tard. Comment en serait-il autrement?
Ne me quitte pas! Je ne t'aime pas. Ne me rejette pas! Qui es-tu? Ne m'absoue pas! Je suis perdue à jamais...
03 août 2006
Bienvenue à l'exposition contemporaine...
"Il n'y a rien que des oubliettes" dit-il en entrant.
Peut-être. Que pouvait donc être cet espace in-conquis jusqu'alors? Des pierres, apparentes, sinon qu'en dire...
Le vide, l'incompréhension, des matériaux comme bruts, comme indésirés, indésirables? Nous sommes entrés comme dans une grotte pour observer des vestiges que l'homme aurait cru réservé à son intimité. Que dire de cette mise en avant?
Une sensation d'intrusion, pourtant l'espace est ouvert : "ENTRÉE LIBRE". Mais quelle liberté à cette entrée? Que doit-on? Nous nous sentons comme violemment pris à témoin d'une scène à laquelle nous ne souhaitions pas assister.
Et, que faire : sortir très vite. Et nerveusement, comme déculpabilisés, un rire certes nerveux mais non moins coupables...
13 juillet 2006
Rê-ve-alité(e)
Une étincelle, un devenir en rêve. Un bouscule-ment dans ma trêve. Une ombre, simplement une ombre : quelque chose en moi. Comme un goût de pourriture dans mon corps, une gueule de bois dans ma bouche : un assentiment presque parfait dans le dégoût. Quelque chose d'indéfinissable qui coule dans mes veines jusqu'au bout de mes doigts. Désordre, culpabilité et haine se mèlent. Mais chut! Ce n'était qu'un rêve...
Rions, pleurons, chantons, vivons comme si la nuit n'était que repos
Atroce. L'action se précise insidieusement. Une coulée de volcan dans un amas de glace. Qu'est-ce? Où suis-je? Je ne sais pas, je ne sais plus. Dans une perte de vie, une perte de mort, une perte de ce que je pensais moi. N'y pensons plus. Un simple cauchemar.
Jouons, pleurons, jouissons. La journée s'écoule à pas de brebis.
Un corps sur moi comme une lame tranchante sur une plaie à vif. Que faire? Rien, ce n'est qu'un rêve, ça va passer.
Une lumière au soleil comme une ombre dans la nuit, je suis. Quoi? Que diable !
Le mouvement sur mon corps comme un simple objet. Tremblant mais sûr de lui. A la cadence infernale de l'oubli, je me souviens...
Comment en finir?
02 juillet 2006
Ma liberté
J’ai été Liberté, à un instant comme jamais.
J’ai connu cette impression tellement mortelle du moment où seul l’instant existe. Au delà de toute prévoyance, au delà de toute attente : seulement moi, l’autre et la chair. Ce goût, ce don et cette impression de don ultime à moi-même. Ce don qui dépasse l’autre parce que se donner à soi-même, c’est se donner à la personne la plus difficile à conquérir.
Nous étions là, étendus sur un fil, comme étendus sur des plumes de légèretés.
Que dire ? Que faire ? Plus aucune question ne préexiste, seulement le moment.
Je me suis découverte comme jamais à moi-même. Oui, ce que je défends au plus profond de moi existe dans mon corps. Que dire de cet état de conscience en parfaite adéquation entre son corps et son âme…
Rien, je vous laisse sur cette idée qui me séduit et me fascine…
02 mars 2006
Petit dialogue
- «Les yeux ouverts, les pupilles dilatées, une sensation de malaise. L’odeur est forte, l’estomac est vide et retourné. Un sentiment de n’être pas à sa place comme si l’on devait être ailleurs, comme si l’on est même pas en soi.
- « Mais que dis-tu ? Comment oses-tu ? Tu as pourtant choisi.
- J’ai cru que j’aimerais mes chaînes mais elles n’en restent pas moins le témoin de mon asservissement.
- Quoi ? Mais jamais je n’ai voulu te mettre en cage, jamais ! Tu le sais pourtant…
- Je le sais. Il y avait des chaînes posées à tes pieds. Je me suis baissé et les ai ramassées moi-même et me suis faufilé dedans en te regardant.
- Je n’ai rien vu. Sinon je t’en aurais empêché. Pourquoi te mettre en cage alors que je refuserais moi-même d’y être ? »
- Parce que tu es attachée par des chaînes bien plus serrées que les miennes. Les tiennes sont indolores et cela t’empêche de les sentir. Moi la douleur m’a permis d’ouvrir les yeux. Mais toi, comment feras-tu ? »
17 janvier 2006
Lettre ouverte à celui que j’aimerais
L’odeur d’une peau contre la mienne. Sentir un corps contre le mien. Entendre un cœur battre contre le mien. Faire glisser mes cheveux le long de son torse. Toucher les contours de son visage. Frissonner de ses doigts contre mon dos. Pleurer d’émotion dans ses bras grâce à une tiédeur nocturne.
Crever de manque quand tu me quittes. N’avoir aucune peur de te rappeler à la minute. Ne pas avoir besoin de le faire. Regarder un film sans intérêt pour le plaisir de sentir ta respiration tous prés de mon oreille.
Se balader dans Paris main dans la main comme deux adolescents amoureux. Se bécoter au coin d’une rue comme si c’était la première fois. Aller au cinéma et ne retenir qu’une chose : ta main qui se balade sur ma cuisse. Te rejoindre dans un café où dés que je rentre, je ne vois que ton sourire.
Vibrer ensemble en écoutant de la musique. Parler des heures de la vie sans penser au temps qui passe. Dire « nous ». Penser que le futur c’est ensemble. Rêver de dans vingt ans. Refaire le monde. Te lire. Que tu me lises.
Te protéger comme une louve ses petits. Sentir que tout ce qui m’arrive compte dans ta vie. Pleurer ensemble. Etre ton épaule et me reposer sur toi. Regarder le monde comme deux enfants fripons
Se réveiller au petit matin plus fatigués que la veille. Se dire que rien n’est jamais acquis en s’aimant comme des fous. Que tu n’aies pas peur de la routine parce que tu m’aimes. Que tes peurs, en une caresse, je les efface. Te masser pendant des heures. Que tu m’engueules quand je me ronge les ongles. Me rassurer du futur.
Que la rencontre de nos entourages nous fasse nous aimer encore plus. Etre toujours belle pour toi. Que tu le sois toujours pour moi. T’admirer de toutes mes tripes. Etre ta muse. Souffrir quand tu souffres. Etre ta princesse. Que tu sois mon prince.
S’aimer comme on peut s’aimer lorsque l’amour est absolu.