02 juillet 2006
Ma liberté
J’ai été Liberté, à un instant comme jamais.
J’ai connu cette impression tellement mortelle du moment où seul l’instant existe. Au delà de toute prévoyance, au delà de toute attente : seulement moi, l’autre et la chair. Ce goût, ce don et cette impression de don ultime à moi-même. Ce don qui dépasse l’autre parce que se donner à soi-même, c’est se donner à la personne la plus difficile à conquérir.
Nous étions là, étendus sur un fil, comme étendus sur des plumes de légèretés.
Que dire ? Que faire ? Plus aucune question ne préexiste, seulement le moment.
Je me suis découverte comme jamais à moi-même. Oui, ce que je défends au plus profond de moi existe dans mon corps. Que dire de cet état de conscience en parfaite adéquation entre son corps et son âme…
Rien, je vous laisse sur cette idée qui me séduit et me fascine…
11 mars 2006
Un cadeau très spécial
Je t’aime mon amour, c’est pour cela que j’ai voulu que tu soies à moi à jamais et pour toujours. Et tu es là devant moi, qu’est-ce que je t’aime si tu savais… Tu coules dans mes veines, je coule dans les tiennes : je le vois, je le sens. C’est pour cela que je me devais de t’offrir un cadeau très spécial. Je me suis dit : comment nous réunir à jamais, c’est ce que nous voulions tout les deux, n’est-ce pas ?
Je me souviens… Nous nous connaissions depuis quelques mois et tu me disais que tu n’avais jamais vécu une histoire aussi intense… Dès notre rencontre, tout avait été plus loin, plus vite, plus fort. Nous nous sommes vus, nous avons parlé la nuit entière comme si jamais nous n’avions parlé à personne, nous étions comme aimantés. Nous nous sommes endormis au petit matin dans les bras l’un de l’autre. A notre réveil, tu étais une évidence pour moi et je l’étais aussi pour toi. Au lieu de nous quitter, nous avons voulu finir la douceur de nos bras dans un second sommeil chez toi.
J’ai aimé tes amis, tu as aimé les miens. Nous vivions des moments de grâce comme une parenthèse au creux d’une phrase complexe. Et nos amis nous ont ennuyés, ils nous empêchaient de nous aimer. Nous avons pris du recul. Même notre travail respectif, du temps à n’être pas ensemble… J’ai abandonné la peinture et toi le théâtre : rien n’était assez bon pour te priver de moi et me priver de toi.
La vie extérieure m’ennuyait : elle était bruyante, agressive, sentait mauvais là où Nous étions doux, calme et pacifique. Je ne voulais pas d’enfant, je ne voulais que toi et tu étais d’accord avec moi. Les pressions sociales étaient de plus en plus fortes sur nous. Chaque séparation, principalement pour le travail, était une souffrance intense et si intime, un déchirement, une amputation et tout cela sans anesthésie évidemment. Nous avions si mal, parfois un médecin nous donnait quelques jours de repos : ce n’était même plus une joie mais une dose de drogue en plein manque.
Je me rappelle ce samedi où tu as été convoqué à ton travail à causes des absences répétées. Dès que tu es parti, je me suis sentie très mal. Une énorme pointe me transperçait le plexus. Je suis allée boire un verre d’eau et là je ne sais pas, j’ai comme paniqué : j’ai senti mes jambes qui ne me tenaient plus, je n’arrivais plus à respirer. Je me suis laissée glisser au sol et j’ai appuyé mon dos contre le mur. Là, une vague immense m’a prise, j’ai pleuré sans cesse pendant des heures. Sais-tu ce que c’est que de pleurer des heures sans interruption ? C’est une boule au fond de ta gorge dont la pression est de plus en plus forte. C’est des larmes, des râles, des douleurs, c’est un trou béant au fond de soi qui s’agrandit pour être entièrement, pleinement soi.
Je ne voulais pas t’appeler pour pas t’inquiéter. Je n’avais personne qui pouvait m’aider, j’avais très peur. C’était inexplicable : je ne pouvais me relever, me calmer ou quoi que ce soit d’autre. Lorsque enfin j’ai réussi à calmer mes larmes, j’ai appelé SOS amitiés : je ne m’étais jamais sentie aussi seule. Et j’ai parlé : j’étais seule, abandonnée, sans but quand tu n’es pas là, je n’étais rien en fait et pire que rien, une erreur sur terre. Je crois qu’elle m’a dit de ne pas hésiter à rappeler et c’est tout. Ca n’allait pas mieux et je m’en voulais : c’est à toi que j’aurais du dire tout ça…
Tu es rentré la mine triste. Je ne t’ai rien dit, je ne voulais pas en rajouter : tu avais été renvoyé. Mais mon salaire pourrait suffire et puis ce n’était que provisoire. On s’est donc serré la ceinture mais ça nous était égal, on s’aimait. Et puis tu as commencé à m’en vouloir de partir chaque jour au travail et je te comprenais : je crois que je n’aurais pas tenu une semaine. Je m’en voulais tellement de te faire souffrir, de te voir petit à petit t’anéantir. Tu ne cherchai même plus de travail. Tout ça, c’était ma faute. Je ne pouvais pas te laisser devenir devenir l’ombre de toi.
Le monde nous obligeait à nous séparer : j’en voulais tellement à cette société qui montrait l’exemple du couple comme le bon sans pour autant lui permettre de vivre son amour. J’ai décidé de partir aux premiers licenciements économiques de mon entreprise afin de négocier mes indemnités de départ en plus du chômage. Nous pouvions vivre quelques mois, un an peut-être, ainsi. Je ne savais pas comment ça se passerait. Je savais que je ne chercherais pas de travail pour être avec toi. Nous n’essayerions même pas d’y aller ensemble car sinon nous devrions nous occuper d’autre chose que de nous et nous avions suffisamment perdu de temps, n’est-ce pas ?
Voilà maintenant quatre mois que cela dure, nous sommes tout les deux, nous ne nous quittons pas et tout est beau avec toi, mon amour, tout. Cela ne peut pas durer, la vie réelle va nous rattraper : toi, tu dis que ça va aller mais nous savons tout les deux que nous n’y survivrons pas. Elle est si belle notre lune de miel, pourquoi ne peut-elle pas durer ?
Alors j’ai pris ma décision : je veux être ta cavalière de bal de fin d’année, ta fiancée éternelle, ta princesse, ta vie et ta mort. Je veux que nous partions de cette terre ensemble, qu’elle ne nous sépare plus jamais, un voyage pour nous à tout jamais. J’aimerais que nous soyons comme Roméo et Juliette et je mourrais le sourire aux lèvres à tes côtés. Je vois à ton regard ta stupéfaction : tu es heureux ? Maintenant tout est joué.
Ce repas que j’ai cuisiné pour notre anniversaire de rencontre m’a pris énormément de temps et d’attention, tu l’as aimé ? Couchons-nous, doux ange. J’ai voulu que tu goûtes à de fins mets pour notre dernier dîner. J’ai voulu aussi être la plus belle pour ce moment important. L’arrière-goût amoureux de notre repas est la plus belle preuve d’amour que moi –ou personne d’autre- ne te donnera jamais.
Maintenant, nous allons nous endormir lentement pour ne plus jamais nous réveiller sur cette sinistre terre. Dans notre voyage, n’oublie pas que… je t’aime plus que moi-même.
02 mars 2006
Petit dialogue
- «Les yeux ouverts, les pupilles dilatées, une sensation de malaise. L’odeur est forte, l’estomac est vide et retourné. Un sentiment de n’être pas à sa place comme si l’on devait être ailleurs, comme si l’on est même pas en soi.
- « Mais que dis-tu ? Comment oses-tu ? Tu as pourtant choisi.
- J’ai cru que j’aimerais mes chaînes mais elles n’en restent pas moins le témoin de mon asservissement.
- Quoi ? Mais jamais je n’ai voulu te mettre en cage, jamais ! Tu le sais pourtant…
- Je le sais. Il y avait des chaînes posées à tes pieds. Je me suis baissé et les ai ramassées moi-même et me suis faufilé dedans en te regardant.
- Je n’ai rien vu. Sinon je t’en aurais empêché. Pourquoi te mettre en cage alors que je refuserais moi-même d’y être ? »
- Parce que tu es attachée par des chaînes bien plus serrées que les miennes. Les tiennes sont indolores et cela t’empêche de les sentir. Moi la douleur m’a permis d’ouvrir les yeux. Mais toi, comment feras-tu ? »
23 février 2006
Nouvelle n°3
La gare était vide de tous ces gens qui s’en vont on ne sait où, on ne sait quand, on ne sait pourquoi. Une fourmilière prête à l’attaque : tout s’agite et si on retire le couvercle, ça se propage partout.
Quai n°0, destination x. Elle prend son sac, le fait rouler comme elle peut. Tout le monde fait rouler des sacs maintenant et l’escalier arrive : indigestion d’usagers. Elle s’approche du quai, regarde distraitement le numéro de sa voiture et s’avance. Jusqu’où va donc ce train ? Elle souffle, s’arrête à plusieurs reprises, change son sac de main, vérifie son billet trois fois. Elle marche abandonnée à sa destination : la voiture n°0. Les gens sont pressés, tous. Elle trouve sa voiture, vérifie son billet une nouvelle fois et monte dans le train. Péniblement, elle soulève son sac, le pose dans le sas. Elle regarde une nouvelle fois son billet, elle est place 42.
Elle s’assoit, respire profondément : « ça y est… J’y suis… » se dit-elle. Elle s’installe, pose son manteau à côté d’elle, attrape son téléphone portable d’une main et referme son sac de l’autre. Elle observe autour d’elle.
Une vieille dame qui demande de l’aide à un jeune homme pour monter sa valise. Un homme qui appelle sa petite-amie : « ça y est, je suis dans le train. J’arrive à 16h45. ça me tarde. Je t’aime ». Des enfants s’attroupent autour de la cage à chat d’une passagère. Un vieux monsieur accroche des lunettes sur son nez et pose ses revues et bouquins sur sa tablette. Les contrôleurs s’agitent. Un papa sort du train après avoir aidé sa fille à ranger ses sacs et l’avoir embrassé une dernière fois. Toute cette vie autour d’elle… Puis, elle regarda par la fenêtre. Beaucoup de gens font signe d’au revoir ou miment je ne sais quelle dernière précaution.
Et elle, qui lui disait au revoir ? Qui la regrettait ? Personne, personne, personne, personne. Elle était seule, tout au plus se rassurait-elle en envoyant un message à une amie…
Mais qui l’attendait ? Qui aurait le cœur qui bat lorsqu’elle descendrait du train ? Qui aurait un pincement au cœur quand elle repartirait ? Personne, personne, personne, personne.
Elle était seule. Qu’a-t-elle fait de sa vie ? Qu’est-ce qui a échoué qu’elle n’ait pu construire ? Pourquoi ne laisse-t’elle rien derrière elle ? A ces pensées, elle ressentit tout d’un coup une profonde déception : déception d’elle, des autres, de la vie, de ces parents,…
Elle est seule et ils sont tous là autour. Il y a elle et les autres. Au lieu d’être tous seuls les uns à côté des autres, ils avaient l’arrogance de former des couples, des groupes, des familles ou je ne sais quoi qui n’est pas seul…
Elle aurait voulu être une kamikaze, une bombe humaine, les faire tous exploser dans ce bonheur auquel elle n’avait apparemment pas droit. Dans sa chute mortelle, elle aurait emmené avec elle la bienséance, la connivence, le bonheur organisé. Il n’y serait plus rien rester : seulement le vide comme ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit chaque jour.
Tant de haine dans ses yeux que les larmes lui sont coulées. D’abord une seule, sur la joue gauche puis une succession, un torrent, un fleuve sur son visage tout entier, sur son cœur tout entier.
Là un homme en train de monter son sac la voit et d’un regard empli de cette douceur tendre qu’ont certains inconnus lui dit : « Mademoiselle, tout va bien ? »
Ses larmes ne cessaient de couler comme si elle avait retenu tous les pleurs de son âme pour les déverser à cet instant. Impossible de s’arrêter malgré l’empathie protectrice de ce jeune homme. L’impression d’être une enfant et que, peut-être, la lacrymale la laverait de ses douleurs…
03 février 2006
Le monde est fou?
Le monde est fou, je vous assure : le monde est fou. J’ai passé une journée harassante à essayer de rendre censée le peu d’humanité sauvable.
Je me réveille ce matin, comme tout les matins, à 8 heures pour travailler : Je suis enseignant-chercheur et, alors que le matin je travaille seul, l’après-midi est dévolue à mes étudiants. Donc, je vous disais, j’ouvre l’œil et que vois-je ? Une jeune dame sur mon lit qui me dit bonjour ! Très poliment, je lui demande ce qu’elle fait chez moi et la prit toujours très cordialement de quitter les lieux. « Mais non monsieur, je viens pour les médicaments » marmonne t’elle. Mais que me dit cette charmante jeune fille si sincèrement que cela en devient déconcertant ?… Toujours aussi calmement (Dieu me préserve-t’il de la colère ?), je lui réponds que je suis certes docteur mais pas médecin… La jeune innocente s’excuse à peine et s’en va.
Il est vrai que j’ai la mauvaise habitude de ne point fermer ma porte la nuit. Cette histoire m’apprendra : dès la nuit prochaine, mes verrous seront scellés. Mais imaginez-vous bien : une inconnue sur votre chevet à votre éveil. Bien que dans certaines littératures ou filmographies, cela puisse être relativement encourageant comme départ, je vous avoue m’être plutôt demandé dans quelle science-fiction m’étais-je retrouvé…
Après cette aventure extra-ordinaire, j’eus l’appétit coupé et me résignai donc à ne point déjeuner. Je décide donc de travailler sur ma recherche du moment : l’adaptabilité du corps de la mouche en milieu tempéré. Ayant énormément de notes sur mes expériences, je me contentais d’essayer de les ordonner pour construire un écrit validable par la communauté scientifique. Je n’ai pas vu le temps passer… A 13 heures, je me décide enfin à aller déjeuner.
J’ai un logement de fonction, ce qui m’évite les aléas tellement pénibles des pertes de temps en transport. Dans les couloirs, je croise un collègue et lui raconte ma rencontre non désirée du matin. Je lui explique combien je trouve inadmissible l’entrée d’inconnus dans l’enceinte des logements sur le domaine universitaire. Imaginons que l’individu ait été dangereux ? Qu’il soit entré dans la chambre universitaire d’un jeune étudiant ? Mon collègue, certainement absorbé par ses propres recherches, semble ne pas tenir cas de mes inquiétudes. Tanpis, j’en appellerais de toute manière aux autorités compétentes.
Je vais donc déguster (douce utopie…) les sordides plats servis à la cafétéria. Autour de moi, beaucoup d’étudiants. Fréquentant peu mes honorables collègues, je déjeune seul avec pour divertissement l’écoute des préoccupations étudiantes de la table à côté. « Tu es là depuis quand ? C’est dur ici… On sait quand on y rentre mais pas quand on en sort. Tu as le Docteur F. ? Moi, il m’a fait passer des tests il y a déjà quelques mois et je n’ai jamais eu de résultat… » Ah ! Ces étudiants, toujours inquiets de tout… Il est vrai que notre université jouit d’un certain prestige mais nous ne laissons jamais un étudiant poursuivre dans une voie inaccessible. Bref…
Je vais donc donner mes cours et m’entretenir avec les étudiants que je dirige dans leur recherche. Me voilà dans ma salle de cours, posant mes affaires sur mon bureau comme à l’accoutumée lorsque surgit un monsieur d’un âge mûr, rouge de colère, emporté outrancièrement. « Mais que faites-vous donc ici ? Là c’est le pompon… C’est mon bureau ! Mais enfin, combien de fois devrais-je le dire… Avec mes affaires, mes consultations…». Voyant son emportement, je me méfiai de sa dangerosité et chercha à l’apaiser du mieux que je pus afin d’éviter tout problème. « Tout va bien se passer, ne vous inquiétez donc pas… » dis-je en regardant les secrétaires d’un air insistant pour qu’elles appellent la sécurité. Apparemment paralysées de peur (ce que je comprends pour le moins…) elles restent immobiles, sans mot dire.
J’ai cru que tout aller très mal se passer, que la situation allait m’échapper, qu’il sortirait une arme, la pointerait sur moi ou pire sur l’une d’elles… J’ai paniqué, j’avoue. Je ne savais plus, j’étais perdu, un flot incessant m’envahit. Où suis-je ? Que fais-je ? J’ai peur. Pourquoi sont-ils tous là mais que se passe t’il ? Tout est noir d’un coup. J’ai peur de tomber. Je respire mal, j’ai chaud…
« Monsieur x est convaincu d’être un grand scientifique et utilise le centre psychiatrique comme un campus universitaire. Je suis extrêmement inquiet dans la mesure où aucun médicament ne fait d’effet (tout du moins quand il daigne les prendre). Le personnel est mis à mal et nous voyons mal comment sortir de cette impasse. C’est pourquoi, je prends la décision de le mettre en isolation totale en attendant des progrès. Au delà de sa conduite avec les soignants et les autres patients, il entretient des rapports sadiques avec les insectes. Plusieurs mouches mortes et dans un état de pourriture avancé ont été retrouvées sous son traversin. Je suis très inquiet des suites à mener et espère pouvoir mener des consultations satisfaisantes et quotidiennes. Dr F. »
21 janvier 2006
La patineuse...
Il était une fois une patineuse un peu fantasque, un peu curieuse. Elle virevoltait partout, sans soucis du lendemain, sans joie du moment. Elle glissait car c’est ainsi qu’on lui avait appris. Elle aimait ça. Tout du moins c’est ce qu’elle croyait, c’est ce qu’on lui avait appris en croire. Je crois qu’elle était sincèrement convaincue que c’était le cas.
Depuis qu’elle marchait, on lui avait mis des patins aux pieds, comme on remet la sucette à un bébé quand il la perd dans son couffin. Comme un chien marche à quatre pattes, comme un serpent rampe au sol, comme les humains marchent sur leurs deux pieds, elle glissait sur la glace… Inéluctablement, sans arrêt, seule, au milieu d’une foule, avec sa famille, avec des amis, avec des amants même…
Des tours et des tours à rêver, à aimer, à regretter ou à pleurer, ses patins fendaient le sol de volutes et de grâce. Enfant, elle confiait à ses chaussures à lame les écorchures de la vie. Adolescente, elle caressait ses lacets comme on caresse les rêves d’une vie. Puis elle grandit, comme dans tous les jolis contes et mêmes dans les moins jolis. Le sommeil de la vie ne l’inquiétait pas plus que ça.
Puis telle une belle au bois dormant, la belle à la patinoire dormante s’éveilla un jour. Sans le baiser d’un prince, sans la douceur d’une rose sans épine, sans le glissement naturel sur sa glace. Une patinoire est-elle une prison suffisamment grande pour une enfant-adulte aussi fantasque ?
Où sont passées ses années ? Qu’a-t’elle connu du monde ? Elle se réveilla comme on chasse un cauchemar où l’on est enfermé dans une boîte : soulagée mais paniquée, peureuse et à la fois aventureuse. Elle voulut cesser de glisser pour se mettre à marcher ou bien à courir. Comment se rendre compte du bonheur d’être ailleurs lorsque l’on croit qu’il n’y a pas d’ailleurs ?
Le rêve enchanté était devenu une douleur rancunière. Comment avez-ils pu faire cela ? La faute de qui est-ce ? Pourquoi elle ? Tellement de questions pour un cœur qui pleure et une tête longtemps enfermée. Tout cela était sombre et glacial.
Comment vivre autrement ? Personne ne lui avait jamais appris et personne ne pourrait le faire, si tard.
17 janvier 2006
Lettre ouverte à celui que j’aimerais
L’odeur d’une peau contre la mienne. Sentir un corps contre le mien. Entendre un cœur battre contre le mien. Faire glisser mes cheveux le long de son torse. Toucher les contours de son visage. Frissonner de ses doigts contre mon dos. Pleurer d’émotion dans ses bras grâce à une tiédeur nocturne.
Crever de manque quand tu me quittes. N’avoir aucune peur de te rappeler à la minute. Ne pas avoir besoin de le faire. Regarder un film sans intérêt pour le plaisir de sentir ta respiration tous prés de mon oreille.
Se balader dans Paris main dans la main comme deux adolescents amoureux. Se bécoter au coin d’une rue comme si c’était la première fois. Aller au cinéma et ne retenir qu’une chose : ta main qui se balade sur ma cuisse. Te rejoindre dans un café où dés que je rentre, je ne vois que ton sourire.
Vibrer ensemble en écoutant de la musique. Parler des heures de la vie sans penser au temps qui passe. Dire « nous ». Penser que le futur c’est ensemble. Rêver de dans vingt ans. Refaire le monde. Te lire. Que tu me lises.
Te protéger comme une louve ses petits. Sentir que tout ce qui m’arrive compte dans ta vie. Pleurer ensemble. Etre ton épaule et me reposer sur toi. Regarder le monde comme deux enfants fripons
Se réveiller au petit matin plus fatigués que la veille. Se dire que rien n’est jamais acquis en s’aimant comme des fous. Que tu n’aies pas peur de la routine parce que tu m’aimes. Que tes peurs, en une caresse, je les efface. Te masser pendant des heures. Que tu m’engueules quand je me ronge les ongles. Me rassurer du futur.
Que la rencontre de nos entourages nous fasse nous aimer encore plus. Etre toujours belle pour toi. Que tu le sois toujours pour moi. T’admirer de toutes mes tripes. Etre ta muse. Souffrir quand tu souffres. Etre ta princesse. Que tu sois mon prince.
S’aimer comme on peut s’aimer lorsque l’amour est absolu.
16 janvier 2006
Nouvelle n°2
C’est tellement bon… Une bouffée d’air pur, le soleil qui surgit au milieu de l’orage, une clé qui ouvre une boîte qui sentait le renfermé, une montgolfière dans lequel le vent s’engouffre pour se soulever. J’aime ces moments-là où tout n’est que plaisir, sentir, aimer, vivre, exister.
Souvent on ne me comprend pas, le pire étant ceux qui me regardent comme si je ne méritais pas le respect. Ceux qui me jugent, mais qui sont-ils ? Et puis, comment font-ils, eux, pour respirer ? Ou peut-être ne respirent-ils pas ? Cela expliquerait tout : leur air triste, leur regard sans passion, leur vie étriquée. Moi, j’aime les gens et cela me permet de les rencontrer : une parole décomplexée, loin de ce bain de consensualité, loin de ces réalités matérielles. Je n’aime pas les petits gens. Et c’est ce qu’ils sont, sinon pourquoi me regarder ainsi ?
Après tout, ils n’ont qu’à continuer leur chemin. J’ai tant de haine mais pas assez de forces : je me sens faible et puis, si l’on pouvait vivre ainsi ? Et même si l’on ne pouvait pas, pourquoi me regarder de cette manière ?
Je ne dis pas que c’est facile tous les jours mais si j’ai cette envie chaque matin d’avancer plus loin, c’est grâce à cela. C’est grâce à cela que mes pensées me font voyager plus loin, grâce à cela que lorsque je regarde une bougie, je réfléchis à son existence et à ce qu’elle représente. Je deviens lumineux et plein de vie.
J’ai bien conscience que l’exaltation peut parfois laisser place à la nuit. Mais la nuit n’est-elle pas une maigre conséquence à côté de la force de mon exaltation ? Je vole, je vis, j’écoute, je parle, j’aime… Mieux que quiconque grâce à cela.
Il y a des matins où je me sens mal, le ventre dans une boule, la tête dans une boîte, le cœur dans un caillou, les yeux compressés. C’est dans ces moments-là que je me raconte que loin du discours des poètes et autres artistes, c’est une drogue. Une drogue qui coule le long de mon gosier, jusqu’à réchauffer mes poumons et redonner vie à ma chair. Je me lève et après mon verre, tout va bien, comme un sportif qui s’est échauffé : je peux commencer ma journée. J’en ai toujours sur moi, même au travail, même à la bibliothèque, même quand je marche dans la rue : je porte mon fardeau, sans interruption.
Il est impossible d’oublier, quelque soit l’instant : le poids de mon sac se charge de m’empêcher d’oublier. Quand mes poches sont vides et ma bouteille aussi, je me sens mal. Rabougri, recroquevillé sur moi (que ce soit physique ou psychologique), je grelotte, je pleure, je souffre. Je refuse de penser que c’est dans ces moments la vérité. Non. Dans ces moments, au contraire, rien n’est vrai. Je souffre, je ne suis pas moi, je reste seul alors que je suis tellement sociable, jovial et extraverti au contraire !
Je ne veux pas arrêter. Pourquoi ? Pour retrouver le garçon timide dans son coin que personne ne voit ? Il n’en est pas question. Le docteur essaye de me convaincre. Elle aussi, elle m’a quitté car elle n’aimait pas que je sois comme ça. En fait, elle ne m’aimait pas sinon elle aurait aimé me voir bien dans ma peau : je crois qu’elle avait peur que je lui échappe en devenant à l’aise en société. Elle ne m’avait pas pardonné de choisir mon bien-sentir plutôt que notre amour.
Et puis de toute façon, je ne pourrais pas arrêter. Je me sens tellement mal quand je n’ai pas ma bouteille. Comme si la vie m’abandonnait. Comme si je m’abandonnais moi-même. Comme si la société m’abandonnait. Seul au monde sans même moi-même. Je n’ai pas le choix, je dois continuer sinon je vais mourir. Je sais qu’avec je risque de mourir aussi mais au moins je mourrais heureux alors que si j’arrête, je mourrais de suite et dans la misère humaine la plus totale.
J’aimerais seulement qu’on ne me juge pas, qu’on me laisse croire que c’est ça, la vie et après tout, est-ce si grave ?
15 janvier 2006
Nouvelle n°1
Il s'est assis là : sans but, sans voix. Le regard hagard, perdu, un sourire nerveux se crispe sur son visage.
Hors du temps, son esprit ne sait plus ce que son corps a fait. Ça tape très fort dans sa tête comme un marteau qui tape en zoomant, en planant. Où était-il, il y a une heure ? Il ne sait pas, il ne sait plus.
La seule chose qui reste dans sa tête, c'est l'image de G. qui sourit. Face à lui, debout dans toute sa beauté, élancée par sa joie de vivre, elle le scrute à sa manière. Son regard protecteur et tolérant qui pardonne tout, sa douceur ; mais là, elle n'aura pas le temps. Et puis en fait, il ne demanderait pas d'excuse ! Il partirait...
Ça fait très mal dans sa tête, très mal comme si elle allait imploser. Mais il se souvient.
Elle avait tout fait pour lui. Grâce à elle, il ne buvait plus, il avait trouvé un but à sa vie et devenait quelqu'un de bien... Etait-ce vraiment lui ? Peu importe : socialement, il existait enfin. Il s'intégrait dans la société comme on dit. Il avait construit un nouveau monde autour de lui. L’ancien avait disparu : « c’était mieux ainsi » avait-elle dit. Maintenant il avait des tas d’amis, tous des gens biens : des gens qui travaillent, qui achètent une maison, un chien, des pantoufles, un pyjama, des gantas et bonnets pour l’hiver, … Des gens biens en fait…Avant, ces quelques amis n’achetaient rien, ils n’avaient pas des tas de choses : ils avaient eux-mêmes et souvent, même cela ils ne l’avaient pas. Et lui était devenu extérieur à tous.
Mais après tout, n'étais-ce pas lui d'être en dehors ? De se sentir insécure constamment, inexorablement, toujours en quête de lui et de surcroît perdu en lui. En fait, ne pas être pour les gens biens était peut-être son seul trait de personnalité propre : la seule chose qui le définisse, la seule chose qui lui appartienne vraiment. Cela pouvait sembler absurde mais pourtant, plus il y réfléchissait, plus il avait le sentiment de combien cela était cohérent en lui.
Et il l'avait fait : tout ce qui allait le détruire au regard des autres et qui le construisait déjà. Oui, il était bien la bête humaine que l'on avait cru, il était bien cet ours instable à ne pas fréquenter.
G. l'avait regardé tendrement comme elle l'avait toujours fait. Comme il avait cru l'aimer pendant tant de temps. Comme à l'instant il prenait conscience à quel point il haïssait cela.
Il pouvait enfin se libérer. Il détestait ce bon ton, cette bonne humeur, cette joie constante. Il détestait cette capacité qu'elle avait à le pousser au meilleur. Il détestait cette patience qui faisait qu'elle dépassait tous les problèmes et préjugés. Il détestait que tout le monde l'apprécie et qu'elle affiche cette complicité maligne avec tout un chacun. Il détestait tout ce qu'elle représentait, tout ce qu'elle était. Elle aurait pardonné si elle avait pu : c'est certain.
Et cette idée même le mis dans une rage incommensurable. Il se retrouvait dans le même état fébrile que lorsqu'il s'était retrouvé face à elle. Cette espèce de feu diabolique en lui qui le dépasse mais qu'il ne souhaite pas dépasser. Une force de vie meurtrière qui le pousse au suicide de ce personnage de commedia dell’arte qu'il a construit et surtout qu'Elle lui a construit. Et le seul moyen de désarticuler une marionnette, c'est de retirer le marionnettiste. Rien n'a été prémédité, RIEN.
C'est allé très vite, sans cri, sursaut ou débattement. Le couteau est rentré au fond de sa gorge comme dans un vulgaire morceau de viande. Même son couteau était incapable de n'être pas compréhensif. Tout se passait toujours calmement. Tout était toujours désintéressé, calme et empathique chez elle : son humeur, son physique, son langage, ses attitudes, sa vie et même ses objets maintenant. Elle avait vacillé lentement, doucement et, comme l'on tombe sur des plumes, avait fini au sol.
Il l'avait regardé se vider de son sang et attendre qu'elle hurle ou crie. Peut-être aurait-il regretté si cela avait était le cas. Mais tout s'est malheureusement passé dans le calme. Elle avait tout juste gémi : elle était compréhensive jusque la mort. Une véritable injure à son geste.
Il aurait voulu la salir, lui faire plus mal encore pour lui montrer toute l'humanité qui lui avait manqué. Même son sang coulait gentiment. A ce moment-là, il comprit enfin à quel point il la détestait. Mais c'était fini : enfin et pour toujours.
Rien n'était prémédité, RIEN.