Raconte moi une histoire, Clara...

Nouvelles diverses ou petits textes à déguster, critiquer...

23 février 2006

Nouvelle n°3

La gare était vide de tous ces gens qui s’en vont on ne sait où, on ne sait quand, on ne sait pourquoi. Une fourmilière prête à l’attaque : tout s’agite et si on retire le couvercle, ça se propage partout.

Quai n°0, destination x. Elle prend son sac, le fait rouler comme elle peut. Tout le monde fait rouler des sacs maintenant et l’escalier arrive : indigestion d’usagers. Elle s’approche du quai, regarde distraitement le numéro de sa voiture et s’avance. Jusqu’où va donc ce train ? Elle souffle, s’arrête à plusieurs reprises, change son sac de main, vérifie son billet trois fois. Elle marche abandonnée à sa destination : la voiture n°0. Les gens sont pressés, tous. Elle trouve sa voiture, vérifie son billet une nouvelle fois et monte dans le train. Péniblement, elle soulève son sac, le pose dans le sas. Elle regarde une nouvelle fois son billet, elle est place 42.

Elle s’assoit, respire profondément : « ça y est… J’y suis… » se dit-elle. Elle s’installe, pose son manteau à côté d’elle, attrape son téléphone portable d’une main et referme son sac de l’autre. Elle observe autour d’elle.

Une vieille dame qui demande de l’aide à un jeune homme pour monter sa valise. Un homme qui appelle sa petite-amie : « ça y est, je suis dans le train. J’arrive à 16h45. ça me tarde. Je t’aime ». Des enfants s’attroupent autour de la cage à chat d’une passagère. Un vieux monsieur accroche des lunettes sur son nez et pose ses revues et bouquins sur sa tablette. Les contrôleurs s’agitent. Un papa sort du train après avoir aidé sa fille à ranger ses sacs et l’avoir embrassé une dernière fois. Toute cette vie autour d’elle… Puis, elle regarda par la fenêtre. Beaucoup de gens font signe d’au revoir ou miment je ne sais quelle dernière précaution.

            Et elle, qui lui disait au revoir ? Qui la regrettait ? Personne, personne, personne, personne. Elle était seule, tout au plus se rassurait-elle en envoyant un message à une amie…

Mais qui l’attendait ? Qui aurait le cœur qui bat lorsqu’elle descendrait du train ? Qui aurait un pincement au cœur quand elle repartirait ? Personne, personne, personne, personne.

Elle était seule. Qu’a-t-elle fait de sa vie ? Qu’est-ce qui a échoué qu’elle n’ait pu construire ? Pourquoi ne laisse-t’elle rien derrière elle ? A ces pensées, elle ressentit tout d’un coup une profonde déception : déception d’elle, des autres, de la vie, de ces parents,…

Elle est seule et ils sont tous là autour. Il y a elle et les autres. Au lieu d’être tous seuls les uns à côté des autres, ils avaient l’arrogance de former des couples, des groupes, des familles ou je ne sais quoi qui n’est pas seul…

Elle aurait voulu être une kamikaze, une bombe humaine, les faire tous exploser dans ce bonheur auquel elle n’avait apparemment pas droit. Dans sa chute mortelle, elle aurait emmené avec elle la bienséance, la connivence, le bonheur organisé. Il n’y serait plus rien rester : seulement le vide comme ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit chaque jour.

Tant de haine dans ses yeux que les larmes lui sont coulées. D’abord une seule, sur la joue gauche puis une succession, un torrent, un fleuve sur son visage tout entier, sur son cœur tout entier.

Là un homme en train de monter son sac la voit et d’un regard empli de cette douceur tendre qu’ont certains inconnus lui dit : « Mademoiselle, tout va bien ? »

Ses larmes ne cessaient de couler comme si elle avait retenu tous les pleurs de son âme pour les déverser à cet instant. Impossible de s’arrêter malgré l’empathie protectrice de ce jeune homme. L’impression d’être une enfant et que, peut-être, la lacrymale la laverait de ses douleurs…

Posté par Clara croche à 22:46 - Nouvelles n°... - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


03 février 2006

Le monde est fou?

Le monde est fou, je vous assure : le monde est fou. J’ai passé une journée harassante à essayer de rendre censée le peu d’humanité sauvable.

            Je me réveille ce matin, comme tout les matins, à 8 heures pour travailler : Je suis enseignant-chercheur et, alors que le matin je travaille seul, l’après-midi est dévolue à mes étudiants. Donc, je vous disais, j’ouvre l’œil et que vois-je ? Une jeune dame sur mon lit qui me dit bonjour ! Très poliment, je lui demande ce qu’elle fait chez moi et la prit toujours très cordialement de quitter les lieux. « Mais non monsieur, je viens pour les médicaments » marmonne t’elle. Mais que me dit cette charmante jeune fille si sincèrement que cela en devient déconcertant ?… Toujours aussi calmement (Dieu me préserve-t’il de la colère ?), je lui réponds que je suis certes docteur mais pas médecin… La jeune innocente s’excuse à peine et s’en va.

            Il est vrai que j’ai la mauvaise habitude de ne point fermer ma porte la nuit. Cette histoire m’apprendra : dès la nuit prochaine, mes verrous seront scellés. Mais imaginez-vous bien : une inconnue sur votre chevet à votre éveil. Bien que dans certaines littératures ou filmographies, cela puisse être relativement encourageant comme départ, je vous avoue m’être plutôt demandé dans quelle science-fiction m’étais-je retrouvé…

            Après cette aventure extra-ordinaire, j’eus l’appétit coupé et me résignai donc à ne point déjeuner. Je décide donc de travailler sur ma recherche du moment : l’adaptabilité du corps de la mouche en milieu tempéré. Ayant énormément de notes sur mes expériences, je me contentais d’essayer de les ordonner pour construire un écrit validable par la communauté scientifique. Je n’ai pas vu le temps passer… A 13 heures, je me décide enfin à aller déjeuner.

            J’ai un logement de fonction, ce qui m’évite les aléas tellement pénibles des pertes de temps en transport. Dans les couloirs, je croise un collègue et lui raconte ma rencontre non désirée du matin. Je lui explique combien je trouve inadmissible l’entrée d’inconnus dans l’enceinte des logements sur le domaine universitaire. Imaginons que l’individu ait été dangereux ? Qu’il soit entré dans la chambre universitaire d’un jeune étudiant ? Mon collègue, certainement absorbé par ses propres recherches, semble ne pas tenir cas de mes inquiétudes. Tanpis, j’en appellerais de toute manière aux autorités compétentes.

            Je vais donc déguster (douce utopie…) les sordides plats servis à la cafétéria. Autour de moi, beaucoup d’étudiants. Fréquentant peu mes honorables collègues, je déjeune seul avec pour divertissement l’écoute des préoccupations étudiantes de la table à côté. « Tu es là depuis quand ? C’est dur ici… On sait quand on y rentre mais pas quand on en sort. Tu as le Docteur F. ? Moi, il m’a fait passer des tests il y a déjà quelques mois et je n’ai jamais eu de résultat… » Ah ! Ces étudiants, toujours inquiets de tout… Il est vrai que notre université jouit d’un certain prestige mais nous ne laissons jamais un étudiant poursuivre dans une voie inaccessible. Bref…

            Je vais donc donner mes cours et m’entretenir avec les étudiants que je dirige dans leur recherche. Me voilà dans ma salle de cours, posant mes affaires sur mon bureau comme à l’accoutumée lorsque surgit un monsieur d’un âge mûr, rouge de colère, emporté outrancièrement. « Mais que faites-vous donc ici ? Là c’est le pompon… C’est mon bureau ! Mais enfin, combien de fois devrais-je le dire… Avec mes affaires, mes consultations…». Voyant son emportement, je me méfiai de sa dangerosité et chercha à l’apaiser du mieux que je pus afin d’éviter tout problème. « Tout va bien se passer, ne vous inquiétez donc pas… » dis-je en regardant les secrétaires d’un air insistant pour qu’elles appellent la sécurité. Apparemment paralysées de peur (ce que je comprends pour le moins…) elles restent immobiles, sans mot dire.

            J’ai cru que tout aller très mal se passer, que la situation allait m’échapper, qu’il sortirait une arme, la pointerait sur moi ou pire sur l’une d’elles… J’ai paniqué, j’avoue. Je ne savais plus, j’étais perdu, un flot incessant m’envahit. Où suis-je ? Que fais-je ? J’ai peur. Pourquoi sont-ils tous là mais que se passe t’il ? Tout est noir d’un coup. J’ai peur de tomber. Je respire mal, j’ai chaud…

« Monsieur x est convaincu d’être un grand scientifique et utilise le centre psychiatrique comme un campus universitaire. Je suis extrêmement inquiet dans la mesure où aucun médicament ne fait d’effet (tout du moins quand il daigne les prendre). Le personnel est mis à mal et nous voyons mal comment sortir de cette impasse. C’est pourquoi, je prends la décision de le mettre en isolation totale en attendant des progrès. Au delà de sa conduite avec les soignants et les autres patients, il entretient des rapports sadiques avec les insectes. Plusieurs mouches mortes et dans un état de pourriture avancé ont été retrouvées sous son traversin. Je suis très inquiet des suites à mener et espère pouvoir mener des consultations satisfaisantes et quotidiennes. Dr F. »

            

            

Posté par Clara croche à 22:14 - une histoire, un personnage... - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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