Raconte moi une histoire, Clara...

Nouvelles diverses ou petits textes à déguster, critiquer...

21 janvier 2006

La patineuse...

Il était une fois une patineuse un peu fantasque, un peu curieuse. Elle virevoltait partout, sans soucis du lendemain, sans joie du moment. Elle glissait car c’est ainsi qu’on lui avait appris. Elle aimait ça. Tout du moins c’est ce qu’elle croyait, c’est ce qu’on lui avait appris en croire. Je crois qu’elle était sincèrement convaincue que c’était le cas.

Depuis qu’elle marchait, on lui avait mis des patins aux pieds, comme on remet la sucette à un bébé quand il la perd dans son couffin. Comme un chien marche à quatre pattes, comme un serpent rampe au sol, comme les humains marchent sur leurs deux pieds, elle glissait sur la glace… Inéluctablement, sans arrêt, seule, au milieu d’une foule, avec sa famille, avec des amis, avec des amants même… 

Des tours et des tours à rêver, à aimer, à regretter ou à pleurer, ses patins fendaient le sol de volutes et de grâce. Enfant, elle confiait à ses chaussures à lame les écorchures de la vie. Adolescente, elle caressait ses lacets comme on caresse les rêves d’une vie. Puis elle grandit, comme dans tous les jolis contes et mêmes dans les moins jolis. Le sommeil de la vie ne l’inquiétait pas plus que ça.

Puis telle une belle au bois dormant, la belle à la patinoire dormante s’éveilla un jour. Sans le baiser d’un prince, sans la douceur d’une rose sans épine, sans le glissement naturel sur sa glace. Une patinoire est-elle une prison suffisamment grande pour une enfant-adulte aussi fantasque ?

Où sont passées ses années ? Qu’a-t’elle connu du monde ? Elle se réveilla comme on chasse un cauchemar où l’on est enfermé dans une boîte : soulagée mais paniquée, peureuse et à la fois aventureuse. Elle voulut cesser de glisser pour se mettre à marcher ou bien à courir. Comment se rendre compte du bonheur d’être ailleurs lorsque l’on croit qu’il n’y a pas d’ailleurs ?

Le rêve enchanté était devenu une douleur rancunière. Comment avez-ils pu faire cela ? La faute de qui est-ce ? Pourquoi elle ? Tellement de questions pour un cœur qui pleure et une tête longtemps enfermée. Tout cela était sombre et glacial.

Comment vivre autrement ? Personne ne lui avait jamais appris et personne ne pourrait le faire, si tard.

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17 janvier 2006

Lettre ouverte à celui que j’aimerais

L’odeur d’une peau contre la mienne. Sentir un corps contre le mien. Entendre un cœur battre contre le mien. Faire glisser mes cheveux le long de son torse. Toucher les contours de son visage. Frissonner de ses doigts contre mon dos. Pleurer d’émotion dans ses bras grâce à une tiédeur nocturne.

Crever de manque quand tu me quittes. N’avoir aucune peur de te rappeler à la minute. Ne pas avoir besoin de le faire. Regarder un film sans intérêt pour le plaisir de sentir ta respiration tous prés de mon oreille.

Se balader dans Paris main dans la main comme deux adolescents amoureux. Se bécoter au coin d’une rue comme si c’était la première fois. Aller au cinéma et ne retenir qu’une chose : ta main qui se balade sur ma cuisse. Te rejoindre dans un café où dés que je rentre, je ne vois que ton sourire.

Vibrer ensemble en écoutant de la musique. Parler des heures de la vie sans penser au temps qui passe. Dire « nous ». Penser que le futur c’est ensemble. Rêver de dans vingt ans. Refaire le monde. Te lire. Que tu me lises.

Te protéger comme une louve ses petits. Sentir que tout ce qui m’arrive compte dans ta vie. Pleurer ensemble. Etre ton épaule et me reposer sur toi. Regarder le monde comme deux enfants fripons

Se réveiller au petit matin plus fatigués que la veille. Se dire que rien n’est jamais acquis en s’aimant comme des fous. Que tu n’aies pas peur de la routine parce que tu m’aimes. Que tes peurs, en une caresse, je les efface. Te masser pendant des heures. Que tu m’engueules quand je me ronge les ongles. Me rassurer du futur.

Que la rencontre de nos entourages nous fasse nous aimer encore plus. Etre toujours belle pour toi. Que tu le sois toujours pour moi. T’admirer de toutes mes tripes. Etre ta muse. Souffrir quand tu souffres. Etre ta princesse. Que tu sois mon prince.

S’aimer comme on peut s’aimer lorsque l’amour est absolu.

Posté par Clara croche à 11:07 - Réflexions romancées... - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 janvier 2006

Nouvelle n°2

            

C’est tellement bon… Une bouffée d’air pur, le soleil qui surgit au milieu de l’orage, une clé qui ouvre une boîte qui sentait le renfermé, une montgolfière dans lequel le vent s’engouffre pour se soulever. J’aime ces moments-là où tout n’est que plaisir, sentir, aimer, vivre, exister.

Souvent on ne me comprend pas, le pire étant ceux qui me regardent comme si je ne méritais pas le respect. Ceux qui me jugent, mais qui sont-ils ? Et puis, comment font-ils, eux, pour respirer ? Ou peut-être ne respirent-ils pas ? Cela expliquerait tout : leur air triste, leur regard sans passion, leur vie étriquée. Moi, j’aime les gens et cela me permet de les rencontrer : une parole décomplexée, loin de ce bain de consensualité, loin de ces réalités matérielles. Je n’aime pas les petits gens. Et c’est ce qu’ils sont, sinon pourquoi me regarder ainsi ?

Après tout, ils n’ont qu’à continuer leur chemin. J’ai tant de haine mais pas assez de forces : je me sens faible et puis, si l’on pouvait vivre ainsi ? Et même si l’on ne pouvait pas, pourquoi me regarder de cette manière ?

Je ne dis pas que c’est facile tous les jours mais si j’ai cette envie chaque matin d’avancer plus loin, c’est grâce à cela. C’est grâce à cela que mes pensées me font voyager plus loin, grâce à cela que lorsque je regarde une bougie, je réfléchis à son existence et à ce qu’elle représente. Je deviens lumineux et plein de vie.

            J’ai bien conscience que l’exaltation peut parfois laisser place à la nuit. Mais la nuit n’est-elle pas une maigre conséquence à côté de la force de mon exaltation ? Je vole, je vis, j’écoute, je parle, j’aime… Mieux que quiconque grâce à cela.

            Il y a des matins où je me sens mal, le ventre dans une boule, la tête dans une boîte, le cœur dans un caillou, les yeux compressés. C’est dans ces moments-là que je me raconte que loin du discours des poètes et autres artistes, c’est une drogue. Une drogue qui coule le long de mon gosier, jusqu’à réchauffer mes poumons et redonner vie à ma chair. Je me lève et après mon verre, tout va bien, comme un sportif qui s’est échauffé : je peux commencer ma journée. J’en ai toujours sur moi, même au travail, même à la bibliothèque, même quand je marche dans la rue : je porte mon fardeau, sans interruption.

Il est impossible d’oublier, quelque soit l’instant : le poids de mon sac se charge de m’empêcher d’oublier. Quand mes poches sont vides et ma bouteille aussi, je me sens mal. Rabougri, recroquevillé sur moi (que ce soit physique ou psychologique), je grelotte, je pleure, je souffre. Je refuse de penser que c’est dans ces moments la vérité. Non. Dans ces moments, au contraire, rien n’est vrai. Je souffre, je ne suis pas moi, je reste seul alors que je suis tellement sociable, jovial et extraverti  au contraire !

Je ne veux pas arrêter. Pourquoi ? Pour retrouver le garçon timide dans son coin que personne ne voit ? Il n’en est pas question. Le docteur essaye de me convaincre. Elle aussi, elle m’a quitté car elle n’aimait pas que je sois comme ça. En fait, elle ne m’aimait pas sinon elle aurait aimé me voir bien dans ma peau : je crois qu’elle avait peur que je lui échappe en devenant à l’aise en société. Elle ne m’avait pas pardonné de choisir mon bien-sentir plutôt que notre amour.

Et puis de toute façon, je ne pourrais pas arrêter. Je me sens tellement mal quand je n’ai pas ma bouteille. Comme si la vie m’abandonnait. Comme si je m’abandonnais moi-même. Comme si la société m’abandonnait. Seul au monde sans même moi-même. Je n’ai pas le choix, je dois continuer sinon je vais mourir. Je sais qu’avec je risque de mourir aussi mais au moins je mourrais heureux alors que si j’arrête, je mourrais de suite et dans la misère humaine la plus totale.

J’aimerais seulement qu’on ne me juge pas, qu’on me laisse croire que c’est ça, la vie et après tout, est-ce si grave ?

                     

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15 janvier 2006

Nouvelle n°1

            

            Il s'est assis là : sans but, sans voix. Le regard hagard, perdu, un sourire nerveux se crispe sur son visage.

            

            Hors du temps, son esprit ne sait plus ce que son corps a fait. Ça tape très fort dans sa tête comme un marteau qui tape en zoomant, en planant. Où était-il, il y a une heure ? Il ne sait pas, il ne sait plus.

            

            La seule chose qui reste dans sa tête, c'est l'image de G. qui sourit. Face à lui, debout dans toute sa beauté, élancée par sa joie de vivre, elle le scrute à sa manière. Son regard protecteur et tolérant qui pardonne tout, sa douceur ; mais là, elle n'aura pas le temps. Et puis en fait, il ne demanderait pas d'excuse ! Il partirait...

            

            Ça fait très mal dans sa tête, très mal comme si elle allait imploser. Mais il se souvient.

            

            Elle avait tout fait pour lui. Grâce à elle, il ne buvait plus, il avait trouvé un but à sa vie et devenait quelqu'un de bien... Etait-ce vraiment lui ? Peu importe : socialement, il existait enfin. Il s'intégrait dans la société comme on dit. Il avait construit un nouveau monde autour de lui. L’ancien avait disparu : « c’était mieux ainsi » avait-elle dit. Maintenant il avait des tas d’amis, tous des gens biens : des gens qui travaillent, qui achètent une maison, un chien, des pantoufles, un pyjama, des gantas et bonnets pour l’hiver, … Des gens biens en fait…Avant, ces quelques amis n’achetaient rien, ils n’avaient pas des tas de choses : ils avaient eux-mêmes et souvent, même cela ils ne l’avaient pas. Et lui était devenu extérieur à tous.

            

            Mais après tout, n'étais-ce pas lui d'être en dehors ? De se sentir insécure constamment, inexorablement, toujours en quête de lui et de surcroît perdu en lui. En fait, ne pas être pour les gens biens était peut-être son seul trait de personnalité propre : la seule chose qui le définisse, la seule chose qui lui appartienne vraiment. Cela pouvait sembler absurde mais pourtant, plus il y réfléchissait, plus il avait le sentiment de combien cela était cohérent en lui.

            

            Et il l'avait fait : tout ce qui allait le détruire au regard des autres et qui le construisait déjà. Oui, il était bien la bête humaine que l'on avait cru, il était bien cet ours instable à ne pas fréquenter.

            

            G. l'avait regardé tendrement comme elle l'avait toujours fait. Comme il avait cru l'aimer pendant tant de temps. Comme à l'instant il prenait conscience à quel point il haïssait cela.

            

            Il pouvait enfin se libérer. Il détestait ce bon ton, cette bonne humeur, cette joie constante. Il détestait cette capacité qu'elle avait à le pousser au meilleur. Il détestait cette patience qui faisait qu'elle dépassait tous les problèmes et préjugés. Il détestait que tout le monde l'apprécie et qu'elle affiche cette complicité maligne avec tout un chacun. Il détestait tout ce qu'elle représentait, tout ce qu'elle était. Elle aurait pardonné si elle avait pu : c'est certain.

            

            Et cette idée même le mis dans une rage incommensurable. Il se retrouvait dans le même état fébrile que lorsqu'il s'était retrouvé face à elle. Cette espèce de feu diabolique en lui qui le dépasse mais qu'il ne souhaite pas dépasser. Une force de vie meurtrière qui le pousse au suicide de ce personnage de commedia dell’arte qu'il a construit et surtout qu'Elle lui a construit. Et le seul moyen de désarticuler une marionnette, c'est de retirer le marionnettiste. Rien n'a été prémédité, RIEN.

            

            C'est allé très vite, sans cri, sursaut ou débattement. Le couteau est rentré au fond de sa gorge comme dans un vulgaire morceau de viande. Même son couteau était incapable de n'être pas compréhensif. Tout se passait toujours calmement. Tout était toujours désintéressé, calme et empathique chez elle : son humeur, son physique, son langage, ses attitudes, sa vie et même ses objets maintenant. Elle avait vacillé lentement, doucement et, comme l'on tombe sur des plumes, avait fini au sol.

            

            Il l'avait regardé se vider de son sang et attendre qu'elle hurle ou crie. Peut-être aurait-il regretté si cela avait était le cas. Mais tout s'est malheureusement passé dans le calme. Elle avait tout juste gémi : elle était compréhensive jusque la mort. Une véritable injure à son geste.

            

            Il aurait voulu la salir, lui faire plus mal encore pour lui montrer toute l'humanité qui lui avait manqué. Même son sang coulait gentiment. A ce moment-là, il comprit enfin à quel point il la détestait. Mais c'était fini : enfin et pour toujours.

            

            Rien n'était prémédité, RIEN.

Posté par Clara croche à 18:31 - Nouvelles n°... - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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